Origine et histoire du Centre hospitalier
Le centre hospitalier Gérard-Marchant de Toulouse, initialement nommé Asile de Braqueville, fut construit entre 1852 et 1864 sous la direction de l’architecte Jacques-Jean Esquié, sur des plans inspirés des théories psychiatriques d’Esquirol. Inauguré en 1858, il accueillit 260 patients transférés de l’hôpital La Grave. Son organisation spatiale, symétrique et rationnelle, séparait strictement les sections masculines et féminines, avec des pavillons reliés par des galeries couvertes. La chapelle, de style romano-gothique, et les bâtiments administratifs, d’inspiration classique, illustrent l’éclectisme architectural de l’époque. L’asile fut primé à l’Exposition universelle de Paris en 1867 pour son architecture.
L’établissement doit son nom au docteur Gérard Marchant (1800–1871), médecin toulousain et élève de Jean-Baptiste Delaye, qui consacra sa carrière à la création de cet asile. Nommé premier directeur en 1858, il y appliqua des méthodes innovantes pour l’époque, insistant sur la séparation thérapeutique des patients. Le site, choisi au lieu-dit Braqueville (dont l’étymologie reste incertaine, évoquant peut-être un soldat goth ou des dominicains exilés), devint un modèle d’asile départemental. Les matériaux locaux, comme la brique rose et les tuiles creuses, lui confèrent une identité toulousaine marquée.
Au XXe siècle, l’asile devint un hôpital psychiatrique en 1937, en hommage à son fondateur. Endommagé lors de la Seconde Guerre mondiale (bombardement de 1944) puis dévasté par l’explosion de l’usine AZF en 2001, il dut être entièrement évacué et reconstruit. Cette catastrophe accéléra sa modernisation, avec une réduction drastique des lits d’hospitalisation (passant de 1 000 à 300) au profit de structures ambulatoires. Depuis 2012, le site abrite une unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) et un château d’eau labellisé Patrimoine du XXe siècle (2017).
L’architecture du CHGM, classée partiellement aux Monuments historiques depuis 2008, reflète les principes hygiénistes et moraux du XIXe siècle. Les façades colorées, les jardins à l’anglaise et les galeries couvertes (en partie disparues) témoignent de cette époque. Aujourd’hui, l’établissement, avec un budget de 65 millions d’euros, fait face à des défis majeurs : saturation des urgences, pénurie de personnel et vétusté des locaux, comme le soulignent les rapports de la Chambre régionale des comptes (2024) et de l’IGAS.
Les incidents récents (incendies, agressions, conditions de travail dénoncées) ont mis en lumière les difficultés structurelles du CHGM. Malgré ces crises, il reste un acteur clé de la psychiatrie publique en Occitanie, avec des services couvrant la psychiatrie générale, infanto-juvénile et pénitentiaire. Son histoire, de l’asile aliéniste à l’hôpital moderne, illustre l’évolution des soins psychiatriques en France, entre héritage architectural et adaptations contemporaines.